Vers un régionalisme avancé de la gestion des défis

La mise en place d’un régionalisme avancé de la gestion des défis à travers des Complexes régionaux de sécurité permettrait une juste gestion des défis majeurs propre à une région sans priorisation par puissance.

La pandémie de la Covid-19 a mis en exergue les limites de la « coopération internationale » et du multilatéralisme, cédant la place à une possible émergence de la coopération bilatérale, voire régionale, et à la mise en œuvre de Complexes régionaux de sécurité. La configuration actuelle du monde en fait un village global, où les Etats sont à l’image de leurs nations, plus connectés et interdépendants. Il est, certes, vrai que la mondialisation ne peut disparaître, mais peut, en revanche, être reconfigurée et adaptée aux nouvelles menaces bioterroristes.

Face à ces nouvelles menaces, trois approches multi-scalaires de la sécurité se doivent d’être développées. La première, la sécurité commune, trouve son essence dans les relations interétatiques, la deuxième, la sécurité collective, s’appuie sur la conviction que la sécurité est l’affaire de tous, et, la troisième, la sécurité régionale, se base sur l’alliance créant une scène ‘régionale’ qui dépend et s’intéresse aux trois facteurs qui maintiennent l’ordre international, à savoir : la domination, la réciprocité et l’identité.

Le maintien de la sécurité vise à garantir la paix, qui, pour une meilleure efficacité, se doit d’être structurée et organisée. C’est pourquoi, l’aspiration à cette dernière se traduit par la mise en œuvre de divers outils visant à restreindre la violence et les menaces : à travers la pacification de la société, les coalitions, les alliances régionales, les accords de désarmement, etc. La paix ne passe qu’à travers des systèmes et des mécanismes de sécurité.

A cet effet, paix, sécurité et menaces sont les facteurs moteurs de l’ordre international. Néanmoins, l’ordre global, tel qu’il est structuré aujourd’hui, présente des limites qui trouvent leur origine dans la gestion à l’échelle globale des défis, faisant abstraction du potentiel des uns et des autres, causé et accentué par l’existence d’Etats forts et d’Etats faibles. En effet, les Organisations internationales ayant une légitimité internationale, comme les Nations unies (ONU) ou l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), ne sont pas à caractère supranational.

Les Etats membres n’ont pas cédé à ces Institutions une partie de leur souveraineté, et, par conséquent, les ambitions et les volontés de ces Organisations sont dictées et conditionnées par le bon vouloir des Etats, particulièrement les plus puissants d’entre eux, biaisant l’ordre des priorités dans la gestion des défis.

Quelle configuration pour la gestion des défis ?

Eu égard de ce qui précède, la mise en place d’un régionalisme avancé de la gestion des défis à travers des Complexes régionaux de sécurité permettrait une juste gestion des défis majeurs propre à une région sans priorisation par puissance. Les Complexes régionaux de sécurité ambitionnent, en effet, la création de relations privilégiées entre plusieurs Etats géographiquement rapprochés dont la réussite dépend et s’appuie sur le bien-fondé des interactions multi-scalaires entre les différents acteurs des secteurs d’activité de la sécurité (militaire, économique, politique, social, environnemental et sanitaire).

Le but de ces interactions est de faciliter, d’une part, le transfert de l’information des acteurs régionaux vers les acteurs internationaux, et vice-versa, et, d’autre part, de favoriser la solidarité interrégionale au service de la sécurité sanitaire collective.
Par conséquent, l’existence de nouvelles menaces, notamment sanitaire, donne naissance à une nouvelle conception de la sécurité et dont la gestion actuelle à l’échelle internationale orbite autour des enjeux des superpuissances et fait abstraction des problématiques sécuritaires les plus urgentes des Etats qui touchent, par défaut, les pays voisins et impactent, par substitution, la région.

L’existence de groupements régionaux dont le niveau de puissance s’aligne et est quasi approximatif, permet une meilleure efficacité de la gestion des défis puisque le mécanisme de priorisation est « le même » pour tous. D’autant plus qu’il ne faut pas minimiser l’existence du phénomène d’exportation des problématiques de l’échelle nationale à régionale qui se traduit par l’exportation de faits sociaux, comme la vague de nationalisme en Europe ou encore de conflits comme le terrorisme au Sahel.

A quoi ressemblerait un Complexe régional de sécurité aujourd’hui ?

A l’échelle du continent africain, la création d’un Complexe régional de Sécurité (CRS), comme le veut sa définition, vise à créer des relations privilégiées entre plusieurs Etats géographiquement rapprochés. Afin de garantir une efficacité et un développement durable du CRS, les interactions doivent être maintenues en continu entre les instances et institutions qui œuvrent pour le maintien de la sécurité et de la paix. Ainsi, dans l’idéal, les Etats doivent avoir le même système politique et des instances étatiques similaires qui auront pour but de maintenir ces interactions. Ainsi, si l’on se base sur la répartition de l’Afrique, deux approches semblent être rationnelles :

  • Géographique : selon l’Organisation de Coopération et de Développement économiques (OCDE) l’Afrique se divise en 5 régions : Nord, Sud, Est, Ouest, Centre, en y incluant la Diaspora comme sixième région.
  • Par affinité économique pour une intégration économique régionale : l’Union africaine (UA) reconnaît, quant à elle, huit Communautés économiques régionales, à savoir : l’Union du Maghreb arabe (UMA), le Marché commun de l’Afrique orientale et australe (COMESA), la Communauté des États Sahélo Sahariens (CEN–SAD), Communauté d’Afrique de l’Est (CAE), Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC), Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), Autorité Intergouvernementale sur le Développement (IGAD), Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC).

Le CRS trouve son équilibre entre ces deux approches, géographique, puisque le but est de veiller à la mise en place de relations privilégiées entre plusieurs Etats géographiquement rapprochés et par affinité politique et économique pour le maintien des interactions, afin, in fine, de concrétiser l’intégration régionale sécuritaire visant à maintenir la stabilité.

Hajar El Alaoui Analyste en relations internationales au Policy Center for the New South

 Source : ecoactu