Equipements publics : et si on prenait du recul ?

Est-il encore possible d’amĂ©nager le territoire Ă  l’heure oĂą le monde change si vite, oĂą les mutations s’accĂ©lèrent et les attentes des acteurs sont protĂ©iformes ? Comme chaque mois, les Ă©lèves ingĂ©nieurs en chef de l’Inet se penchent, dans « La Gazette », sur les grands dĂ©fis qui attendent les collectivitĂ©s locales.

Les projets abandonnés les uns après les autres, comme des infrastructures de transport ou des projets d’aménagement, sont révélateurs du décalage croissant entre le temps de l’aménagement et le temps des parties intéressées (ou à intéresser).

 

Au-delà de projets coûteux d’un « autre temps », d’équipements ou de services publics non pertinents et dévalorisés, le risque est grand de discréditer la capacité de la puissance publique à anticiper et à répondre aux besoins du territoire.

Les acteurs d’un territoire, quant à eux, incarnent un temps rapide. Si leurs pratiques de consommateurs ou usagers induisaient déjà des évolutions d’un territoire, ils deviennent désormais des « makers » qui proposent et veulent faire.

Les collectivités doivent se mettre davantage en position d’accompagner que de concevoir

Pour répondre à ce nouveau paradigme, plusieurs pistes peuvent être explorées.

Tout d’abord sortir de l’extrapolation de l’existant en développant les approches prospectives pour anticiper les évolutions et imaginer les ruptures possibles. L’exercice n’est pas simple mais fort utile.

Développer des projets durablement utiles impose également d’adopter de nouvelles méthodes de conception de politiques d’aménagement : en privilégiant la sobriété, l’évolutivité, la réversibilité, la multifonctionnalité des espaces et équipements publics, en testant, en évaluant et en évoluant.

Il s’agit d’appliquer le droit à l’erreur et surtout accepter de renoncer. Il faut oser parfois sortir des schémas habituels (diagnostics, orientations, projets, etc….) et introduire de la souplesse dans les processus d’élaboration des projets. Les collectivités doivent se mettre davantage en position d’accompagner que de concevoir.

En effet, en partant d’idées ou d’intuitions émanant d’habitants, d’associations, d’entreprises ou de compétences et savoir-faire de ces mêmes acteurs, il est possible, en accompagnant leur émergence et leur développement, de réaliser de belles opérations, utiles dans les faits et fécondes pour le territoire. Les exemples de solutions « home made » développées rapidement – et facilement évolutives – existent. Elles répondent parfois mieux à un besoin que d’autres, plus lourdes, mises en place par une collectivité plus tardivement à l’issue d’un diagnostic, procédure d’achat public et développement.

Enfin, c’est aussi pour les cadres territoriaux un changement de posture. Il s’agit bien évidemment de mieux prendre en compte les expertises d’usage qui sont l’apanage de tous et permettent d’enrichir les idées de quelques concepteurs. Mais il faut surtout ne pas cantonner les transitions sociétales à un besoin de démocratie participative. Cela en fait partie.

Mais bon nombre de besoins que les collectivités doivent intégrer dans leurs perspectives de développement n’existent pas encore, ne sont pas connus tellement les mutations sont désormais rapides. Il convient donc de passer du « sachant » au professionnel agile, en veille des dynamiques sociétales et des entreprises innovantes, à l’écoute des signaux faibles sur le territoire. Un cadre territorial en immersion permanente !

Source